Michel AMIEL

Sénateur des Bouches-du-Rhône

Catégorie : Éditos (page 1 à 7)

Vincent Lambert : de l’acharnement thérapeutique, à l’acharnement judiciaire et médiatique

Aujourd’hui s’est clos un épisode douloureux pour une famille, un épisode qui durait depuis plus de dix ans, depuis bien trop longtemps.

L’histoire de Vincent Lambert, c’est d’abord l’histoire d’un accident, celui qui le plonge dans un coma et lui laisse de telles séquelles qu’il n’en sortira que pour être dans un état de conscience minimale (dit pauci-relationnel), l’histoire d’un drame de la route qui impacte toute sa famille : sa femme, son nouveau-né, ses parents, ses proches.

Si le cas de M. Lambert est devenu si important, si discuté, si disputé, c’est pour plusieurs raisons, mais principalement car sa volonté, pour guider les décisions médicales le concernant, a été défendue et portée par deux positions contradictoires : son épouse a soutenu qu’il n’aurait pas voulu de tels traitements pour être ainsi maintenu en vie, alors que ses parents ont affirmé qu’il aurait voulu être maintenu par des traitements, même dans cet état de handicap.

En l’absence de directives anticipées claires, ou même de désignation de personne de confiance ou de tuteur légal, ses proches, partisans du maintien en vie, ont poussé la porte de chaque tribunal, de chaque cour pour contester les décisions prises par l’épouse de M. Lambert, aboutissant à une trentaine de décisions judiciaires.

La première procédure de limitation et arrêt des traitements (LAT) est lancée en 2013. Cette décision est contestée devant les tribunaux par les parents de M. Lambert qui obtiennent la reprise de ses traitements. Cette reprise est obtenue non sur le bien-fondé de la décision de LAT, mais sur le fait que l’ensemble des proches n’aient pas été informés de cette décision par le médecin.

Après une nouvelle tentative de mise en place d’une LAT, l’affaire va jusqu’au Conseil d’Etat qui, en 2014, valide la procédure.

En 2016, afin de se prémunir des recours sur les décisions médicales prises pour M. Lambert, le CHU de Reims demande à ce que soit désigné le tuteur légal de Vincent Lambert : ce sera son épouse Rachel.

Plusieurs recours à de nouvelles expertises sont mises en place afin d’évaluer l’état de M. Lambert, mais l’acharnement juridique et médiatique des dernières années poussent certains experts à se désister face à la pression de la situation ; mais, dès fin 2018, une nouvelle expertise confirme « l’état végétatif chronique » de M. Lambert, ce qui amènera à une nouvelle décision de LAT… qui, contestée à son tour, sera validée par le Conseil d’Etat, puis la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Une nouvelle procédure de LAT est lancée en mai 2019, mais arrêtée par une décision de la cour d’appel de Paris. Cette décision très controversée sur le plan juridique a été annulée par la Cour de Cassation, ouvrant la voie à l’arrêt des traitements en fin de semaine dernière.

Une fois ce long récapitulatif sur l’acharnement judiciaire qu’a subi M. Lambert, je souhaite de nouveau insister sur les faits.

Il n’était pas en fin de vie, mais l’est devenu.

Comme tout le monde, quel que soit son état de santé, un patient a le droit de refuser les traitements, même si cela le met en danger de mort (ex : certains refusent des transfusions de sang et en décèdent). La loi Léonetti I interdit l’acharnement thérapeutique : c’est un devoir du médecin.

Dans le cas de M. Lambert, la question était donc sur qui pouvait exprimer sa volonté sur un possible arrêt des traitements qui amènerait à une situation de fin de vie.

C’est là que la loi Clayes-Leonetti est intervenue, elle prévoit la prise en charge des patients en fin de vie et comment s’y préparer.

Elle prévoit ainsi une sédation profonde et continue, notamment en cas de LAT, afin de s’assurer d’aucune souffrance pour ces patients.

Elle développe aussi le concept de directives anticipées et de désignation de la personne de confiance.

Si nul ne saurait refaire l’histoire, l’acharnement judiciaire concernant l’expression de la volonté de M. Lambert aurait été bien moindre : ses directives anticipées et sa personne de confiance auraient pu sans contestation guider les décisions.

Le cas de M. Lambert est plus symptomatique de qui exprime la volonté d’une personne ne pouvant la communiquer, y compris pour les décisions d’arrêt des soins, qu’un problème d’acharnement thérapeutique de la part de la communauté médicale.

Que sa vie, et sa mort, nous servent de leçon : exprimons-nous !

Feu vert à l’expérimentation du cannabis thérapeutique

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a validé ce jour le cadre pratique proposé le 28 juin dernier par un groupe d’experts (CSST) afin de permettre l’accès au cannabis à visée thérapeutique et se dit prête à en préparer les modalités techniques.

Ce test en situation réelle permettra de prescrire du cannabis thérapeutique à des patients en impasse thérapeutique, qu’ils soient en soins palliatifs ou souffrent de certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses), d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore des contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques ou d’autres pathologies du système nerveux central.
Il ne s’agit évidemment pas de « joints sur ordonnance » puisque le cannabis sera soit inhalé (huile, fleurs séchées) soit ingéré (solutions buvables, gouttes et capsules d’huile). La prescription initiale sera par ailleurs réservée à des médecins exerçant dans des centres de référence. Tous les médecins participant à l’expérimentation devront être volontaires et avoir obligatoirement suivi une formation spécifique.

Favorable depuis longtemps à l’usage des propriétés du cannabis à visée thérapeutique, je ne peux que saluer cette expérimentation et, si l’évaluation l’encourage, espérer sa généralisation, afin de permettre de soulager enfin certaines douleurs très invalidantes.

Lutter contre les déserts médicaux

Le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé vient d’être adopté par le Sénat.

Au cours des débats, nous avons notamment beaucoup parlé des déserts médicaux. À vrai dire, je n’aime pas cette expression, tant elle recouvre des réalités fort différentes : les zones rurales, effectivement désertifiées, mais par leurs services publics, pas seulement par leurs médecins ; les banlieues surpeuplées, où les médecins hésitent à s’installer pour des raisons de sécurité ; enfin, les hôpitaux eux-mêmes, où de nombreux postes ne sont pas pourvus.

En fait, ce n’est pas vraiment de médecins dont nous manquons, mais de temps médical. L’exercice de la médecine a changé parce que la société a changé.

Au Sénat, Chambre des territoires, deux opinions se sont affrontées en de vifs débats : les tenants de la coercition ou du moins d’une régulation musclée et ceux de l’incitation, d’ailleurs déjà mise en place avec des résultats divers. Je suis convaincu de l’inefficacité des mesures coercitives, en particulier du conventionnement sélectif. Pour autant, il faut que les médecins et les étudiants acceptent de faire des concessions. C’est le sens de l’amendement, voté à une forte majorité, proposant de faire de la dernière année de troisième cycle une année de professionnalisation, de pratique ambulatoire en autonomie.

Non, par cette proposition, le Sénat ne brade pas la formation des médecins.

Il considère au contraire qu’une dernière année professionnalisante est une chance de consolider leur formation tout en favorisant la construction de leur projet professionnel.

Il implique, de la part des étudiants en fin de formation ainsi que des jeunes médecins, une prise de responsabilité populationnelle en plus de la responsabilité individuelle habituelle. C’est à ce prix que nous sauverons la médecine libérale ou ce qu’il en reste. Faute de quoi nous pourrions bien arriver à une médecine salariée que beaucoup appellent déjà de leurs vœux, doublée d’une médecine déconventionnée redevenue libérale et qui fera la joie des sociétés d’assurance dans leur diversité.

Autres dispositifs visant à améliorer l’offre de soins dans les territoires, les communautés professionnelles territoriales des santé élaboreront les projets territoriaux de santé soumis à l’Agence Régionale de Santé (ARS). Il faut que les professionnels s’approprient ce dispositif et non que ce soit une grille de l’ARS qui s’applique sur les territoires.

Quant aux hôpitaux de proximité, même si nous aurions aimé avoir plus de précisions concernant leur contenu, ils me paraissent l’outil nécessaire et efficace pour une gradation des soins, ainsi qu’une meilleure interpénétration ville-hôpital-médicosocial. Si, comme on peut l’espérer, cet outil se met rapidement en place, il pourrait apporter une réponse aux besoins des territoires en matière de premier niveau de soins, véritable interface entre médecine de ville et établissements de santé de recours.

Nouvelle polémique sur le glyphosate

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) doit remettre un rapport sur l’évaluation des agences sanitaires. Avant même sa parution, ce rapport fait l’objet d’une polémique sur le glyphosate… alors que ce n’est pas son objet !
En effet, dans un entretien à La Dépêche du Midi, l’un de ses rapporteurs, le sénateur Pierre Médevielle, affirme « que la cancérogénicité de la molécule n’est pas démontrée par la science, mais encore qu’en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge ». Cette comparaison choc n’a pas manqué d’être relevée et commentée. M. Médevielle a ensuite précisé qu’il s’agissait de son point de vue et non d’éléments du rapport, mais il persiste sur le fond : « J’ai dit qu’en tant que scientifique, je n’ai aucune preuve que le glyphosate soit cancérogène. S’il avait été cancérogène, on l’aurait retiré. » (Public Sénat).
Le député Cédric Villani, premier vice-président de l’OPECST, a spécifié qu’il s’agissait d’une opinion personnelle qui n’engageait nullement l’Office, rappelant « qu’un produit phytosanitaire, quel qu’il soit, est dangereux, car il est fait pour tuer, et que l’enjeu est de sortir des phytosanitaires en général, pas seulement du glyphosate » (LCI).

Le Gouvernement a engagé, en juin dernier, un plan d’action global pour la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, avec un objectif de -25% en 2020 et -50% en 2025 et a décidé de mettre fin aux principaux usages du glyphosate d’ici 2021 au plus tard et d’ici 2023 pour l’ensemble des usages.
Pour ma part, ma position est demeurée constante : j’ai voulu inscrire dans la loi cette réduction progressive de l’usage du glyphosate, conformément aux amendements que j’ai déposés en juin et septembre 2018.
Le Gouvernement a préféré emprunter la voie de la négociation, ne souhaitant pas décréter autoritairement le changement et privilégiant le pragmatisme et la responsabilisation des acteurs.
Toutefois, mes craintes se sont révélées fondées et le président de la République lui-même a déclaré lors du débat-citoyen dans la Drôme du 24 janvier dernier : « Je sais qu’il y en a qui voudraient qu’on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : un, pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans on ne fera pas 100%, on n’y arrivera, je pense, pas. »

Que ce soit par la négociation ou par la loi, sachant que le glyphosate n’est qu’un symbole qui masque toute une réalité des pratiques phytosanitaires, rappelons que tous les acteurs doivent se saisir du sujet, car l’essentiel est bien de privilégier le principe de précaution et de sortir des phytosanitaires.

Convention de Riga des parlementaires internationaux sur le Tibet

Cette convention sur le Tibet, la septième du genre, a réuni à Riga (Lettonie), du 7 au 10 mai 2019,  des parlementaires du monde entier, sensibles à la cause tibétaine.

Après avoir rappelé :

  • les préconisations des six conventions précédentes,
  • le manque de volonté des autorités chinoises de reprendre le dialogue avec les représentants du Dalaï-Lama depuis 2010,
  • l’urgence de résoudre le conflit sino-tibétain engendré par l’invasion du Tibet par la Chine en 1949-1950, suivie de son annexion en 1951,
  • le rôle politique joué par les parlementaires dans la prise de conscience par les gouvernements de la situation au Tibet,

la déclaration de Riga :

  • a réitéré la conviction selon laquelle ce conflit ne pouvait se résoudre que par la négociation,
  • a réaffirmé le caractère illégal de l’occupation du Tibet par la Chine,
  • a rejeté l’idée selon laquelle le Tibet faisait partie intégrante de la Chine depuis les temps anciens,
  • a reconnu la légitimité du gouvernement tibétain en exil,
  • a exprimé sa solidarité avec le peuple tibétain en reconnaissant ses droits à l’autodétermination, à ses pratiques religieuses et culturelles,
  • a fait part de son inquiétude sur la dégradation environnementale du plateau tibétain, lié à l’accumulation de déchets toxiques, à la création de barrages sur les cours d’eau, à l’exploitation non contrôlée des ressources naturelles.

Ce dernier point me paraît très important ; il avait été particulièrement abordé par le Dalaï-Lama lors de son passage au Sénat, ainsi que par une conférence qu’avait donnée Matthieu Ricard, tous deux abordant la question de l’anthropocène, c’est-à-dire cette période de l’histoire de l’univers où l’homme peut influencer sur son évolution. Aujourd’hui, cette idée n’est plus remise en cause. Elle avait conduit Lévi-Strauss à exprimer son pessimisme en disant que « l’univers a commencé sans l’homme et finira sans lui », bien avant que le sujet ne devienne d’actualité.

Je terminerai par une note personnelle en exprimant l’idée selon laquelle la question tibétaine dépasse largement le problème local : elle traduit en effet des questions plus que jamais d’actualité, celles des droits de l’homme, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et, désormais, les questions d’environnement.

Rappelons que le Tibet est le château d’eau de l’Asie, avec ses grands fleuves qui y prennent leur source, ou que le réchauffement climatique est responsable de la fonte du permafrost (qui est le sol de l’écorce terrestre qui reste gelé au moins deux années consécutives), ce qui a pour conséquence la libération dans l’atmosphère de substances néfastes, dont le mercure et le dioxyde de carbone, gaz à effet de serre, créant ainsi un cercle vicieux, mais faisant également resurgir des virus oubliés.

Un étiquetage du miel plus transparent et plus respectueux

Le 3 avril dernier, le Sénat a examiné la proposition de loi portant diverses dispositions relatives aux mentions et signes de la qualité et de l’origine valorisant les produits agricoles ou alimentaires.

Son article 3 concerne la question délicate de l’étiquetage de l’origine des miels. En effet, la réglementation européenne, peu respectée, pouvait induire le consommateur en erreur, lui faisant penser qu’il achetait du miel d’origine française, alors qu’il s’agissait d’un mélange contenant, par exemple, 2% de miel français et 98% de miel chinois. En 2017, quelque 20.000 tonnes de miel ont ainsi été produites en France, tandis que 35.000 tonnes étaient importées de Chine, d’Ukraine, d’Allemagne, d’Espagne ou d’Argentine, sans qu’aucune indication du pays d’origine n’apparaisse sur les étiquettes. Ce sont souvent des tests effectués par des associations qui ont permis de constater du miel artificiel, mêlé à du sucre voire de l’eau pour augmenter son volume.
L’article adopté prévoit que, désormais, en cas de mélange de miels en provenance de plusieurs pays, l’étiquette du pot indique la liste de tous les pays d’origine, en toutes lettres, et par ordre décroissant d’importance.
Un amendement prévoit également que le producteur puisse mentionner une indication ayant trait à l’origine florale ou végétale, ainsi qu’à une origine régionale, territoriale ou topographique.
L’article a enfin été enrichi d’une définition du miel claire et conforme au droit européen, afin de nous prémunir contre les produits falsifiés : « Le miel est la substance sucrée naturelle produite par les abeilles à partir du nectar de plantes ou des sécrétions provenant de parties vivantes des plantes ou des excrétions laissées sur celles-ci par des insectes suceurs ou de miellat, qu’elles butinent, transforment en les combinant avec des matières spécifiques propres, déposent, déshydratent, entreposent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche. »

Ces mesures étaient légitimement attendues par nos producteurs, qui, déjà frappés par la diminution du nombre de leurs abeilles, subissaient une concurrence déloyale.
Dans un souci de transparence et de bonne information des consommateurs, elles permettront de mettre en valeur l’excellence de notre filière apicole dans l’ensemble de nos territoires.

« Salam – une guerre en exil »

Ce 26 mars 2019 marque le début de la cinquième année de la guerre au Yémen, pays ravagé par une crise humanitaire sans précédent.

Dans ce contexte douloureux, l’ONG Salam For Yemen s’est associée à la photographe Aline Deschamps qui a interrogé les citoyens yéménites habitant à Paris sur leurs sentiments face à cette guerre.

Il en résulte cette très belle série de portraits intitulée « Salam – une guerre en exil », qui nous invite à réfléchir sur les moyens de résilience d’une communauté coupée de ses racines, dont les membres aspirent à retrouver leur pays et leurs proches.

 

 

Devenir de la métropole Aix-Marseille-Provence

Le préfet des Bouches-du-Rhône a enfin rendu aujourd’hui son rapport au Premier ministre concernant le devenir de la métropole Aix-Marseille-Provence.

Voici les points essentiels qui ont été soulevés :

1. Périmètre

Le préfet se prononce clairement pour la fusion métropole département et se montre plutôt favorable à l’intégration du pays d’Arles dans cette métropole ainsi que de Saint-Zacharie.
En revanche, la question de Pertuis soulève des problèmes difficiles, en particulier de nature financière.

2. Gouvernance et mode de scrutin

Le préfet propose une gouvernance à 151 ou 152 élus, ce qui, en termes de représentativité, exclurait un certain nombre de maires.
Ce dernier point pourrait être corrigé par la création d’un conseil des maires qui ne serait que consultatif.
Les conseils de territoires disparaîtraient.
Se pose le problème du mode de scrutin :
– élection de liste à deux tours à la proportionnelle avec prime au gagnant (selon le mode municipal)
– circonscription départementale (selon le mode des élections régionales)
Les élections pourraient avoir lieu en 2021, au moment du renouvellement du conseil départemental, qui, de fait, disparaîtrait.
Il existerait une période de transition entre les municipales de mars 2020 et les élections métropolitaines.
Pendant cette période de transition, c’est, comme actuellement, par le fléchage que les élus à la métropole seraient désignés.

3. Finances

Les attributions de compensation qui sont des dépenses obligatoires de la métropole reversées aux communes représentent 37,58% des dépenses réelles de la métropole, soit nettement plus que pour des métropoles comme Lyon (9,5%) et Lille (23,7%), ce qui prive la métropole de ressources.
Il est à noter qu’une diminution importante de ces attributions de compensation telle que préconisée par ce rapport mettrait en péril l’équilibre déjà précaire des finances communales, lourdement impacté par la baisse des dotations de l’Etat opérée par les gouvernements précédemment, même si, toujours selon ce rapport, « la fusion intégrale entre la métropole et le département aurait un impact probablement positif sur la dotation globale de fonctionnement »

4. Compétences

Au nom du principe de subsidiarité, certaines compétences pourraient être rendues aux communes, d’autres pourraient être gérées par un système de service déconcentré. La compétence voirie, souvent réclamée par les élus, soulève de nombreuses difficultés et pourrait déboucher sur «  une restitution partielle sous réserve d’une définition du critère de proximité à fixer pour le législateur »

Au total, si le préfet pointe la nécessité d’une fusion des deux institutions, il présente de façon exhaustive les avantages et les inconvénients des différents thèmes que je viens d’évoquer. Ce rapport est un document de travail, ce sera désormais au Gouvernement de trancher.
Il devra le faire dans les meilleurs délais et faire preuve de pédagogie à l’égard des élus locaux comme de l’ensemble des citoyens. Nous souhaitons beaucoup de courage à Madame Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, en charge de ce dossier.

Réflexion sur l’antisémitisme

On pourrait imaginer, après la Shoah et le procès de Nuremberg, l’antisémitisme relégué au rang des souvenirs les plus sombres de l’Humanité.
Pourtant, tandis que le « Rapport Rufin » de 2004 montrait un recul des préjugés antisémites dans l’opinion, on enregistre aujourd’hui une très forte augmentation de la violence antisémite, ce que corroborent les dernières statistiques (+74% d’actes et menaces en 2018, selon le ministère de l’intérieur), si bien que l’on peut parler d’une véritable flambée d’antisémitisme.

Au-delà de l’horreur inspirée par ces actes de violence, il s’agit de comprendre cet antisémitisme moderne, qui est bien autre chose qu’une « version laïcisée » de la haine des juifs d’origine religieuse, qui ne concerne plus qu’une toute petite frange de catholiques intégristes continuant à voir dans le peuple juif le « peuple déicide ». Car il s’agit bien là du rejet d’un peuple de caractère étranger et non de la simple stigmatisation d’une religion.
Cet antisémitisme moderne apparaît à l’époque des Lumières, alors que, paradoxalement, ce mouvement philosophique tend à émanciper et intégrer les juifs conformément à la déclaration des Droits de l’Homme. Il se structure sur un fond de jalousie économique, rendant les juifs responsables de la misère du peuple, dont la version aboutie se trouve dans les fameux Protocoles des Sages de Sion, évoquant une société secrète juive internationale, visant à gouverner le monde, et qui existerait depuis l’Antiquité. C’est l’antisémitisme « classique » de l’extrême droite nationaliste et complotiste. Est-il besoin de rappeler que cet ouvrage est un vulgaire faux produit par la police tsariste, que Hitler aimera citer et reprendre en miroir dans son Mein Kampf ?
Toutefois, quand on voit, selon un récent sondage commandé par la fondation Jean Jaurès, à quel point la théorie du complot comporte des adeptes, on ne sera pas étonné que le « complot judéo-maçonnique » puisse encore être d’actualité dans l’esprit de certains.
Mais un autre phénomène vient alimenter, voire justifier, l’antisémitisme moderne, je veux parler du sionisme comme « conséquence directe et sans mélange des mouvements antisémites du XIXe siècle » pour citer Hannah Arendt qui décrit dans son ouvrage Les origines du totalitarisme l’intrication de l’impérialisme et de l’antisémitisme.
Le sionisme, censé être l’avorton de l’impérialisme occidental, est le dernier avatar de l’antisémitisme dont il constitue un justificatif : la haine n’est plus tournée vers le juif, mais vers le sioniste. C’est aujourd’hui l’antisémitisme de l’islamisme, qui contamine nos cités et les discours d’une certaine gauche qui se reconnaîtra.
Rajoutons à cela la force des réseaux sociaux et leur formidable capacité à propager des idées relevant de groupes ultra minoritaires certes, mais capables de diffuser et d’amplifier des propos relevant de l’antisémitisme et cela quasiment en toute impunité.
Il ne suffit pourtant pas de réagir sur un mode émotionnel, encore faut-il essayer de comprendre et d’analyser ce sentiment ancien d’antisémitisme, afin de mieux le combattre dans sa forme la plus manifeste, mais également dans ses aspects politiques voire intellectuels, dans la continuité de Jean-Paul Sartre qui décrivait « le juif comme un homme que les autres hommes tiennent pour juif : voilà la vérité simple dont il faut partir. »

La vérité, en fait, me paraît infiniment plus complexe, tant dans sa dimension historique que dans sa dimension sociologique ; seule son approche permettra de lutter contre l’antisémitisme comme toute autre forme de racisme. Mais, plus encore, c’est la responsabilité infinie à l’égard d’autrui qu’il nous faut convoquer, pour reprendre la pensée d’Emmanuel Lévinas qui, à partir de l’expérience du visage de l’autre, accorde, contre Heidegger, la primauté de l’éthique sur la métaphysique.

Gilets jaunes…

Lorsqu’on observe de près le mouvement des gilets jaunes, on est frappé par son caractère très hétérogène. Ce mouvement se revendique comme populaire, ce qu’il est en effet, non comme le peuple encadré par l’Etat Nation, ni la classe ouvrière comme produit du système capitaliste (selon Marx) dont elle constituerait la nouvelle noblesse, le sang bleu, mais une masse d’individus réunis par une profonde frustration, le sentiment d’être inutiles.
On est ainsi passé de revendications fiscales et économiques (trop de taxes, trop d’impôts) à des exigences participatives consistant à vouloir gérer son propre destin, à une vraie soif de « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », selon la célèbre formule d’Abraham Lincoln, à « la constante marche en avant vers des objectifs sans cesse nouveaux », comme l’écrit Hannah Arendt.

Ainsi, plus qu’un poujadisme sans Poujade puisque sans véritable leader, c’est un mouvement dont le ressort essentiel est de nature psychologique, une sorte de névrose collective où le désir d’exister, d’être entendu, désormais non refoulé, s’exprime en une explosion de violence et de haine, dirigées contre une élite pourtant élue (comme son nom l’indique) démocratiquement, mais qui n’est plus reconnue comme représentative.
Ces flambées d’antiparlementarisme où le peuple s’érige contre la démocratie, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Yascha Mounk, ne constituent pas un phénomène nouveau et font en général le lit au minimum de tentations autoritaires, si les institutions du pays où elles se produisent sont fragilisées. Ce fut le cas de l’Allemagne de Weimar et de la montée du nazisme ; c’est aujourd’hui le risque que court l’Europe qui n’est plus considérée par les masses populaires que j’évoquais plus haut comme une institution susceptible de les satisfaire : manque de proximité, excès de technocratie, institutions illisibles, à l’origine d’une défiance qui a pu entraîner le « Brexit » en Grande Bretagne et l’arrivée au pouvoir des populistes en Europe de l’Est mais aussi en Italie.

En France, s’ensuit la revendication de l’arme absolue de la démocratie participative, avec le référendum d’initiative citoyenne dont je ne suis pas certain que les pétitionnaires cernent bien les contours, mais qui cristallise la volonté pour ces masses d’être entendues à tout moment, sur n’importe quel sujet. Si cela correspond à notre époque de dictature de l’immédiateté relayée par les réseaux sociaux et les chaînes de télévision en continu, qui ne laissent plus le temps de la réflexion, ce mouvement constitue toutefois quelque chose d’inédit dont le pouvoir politique ne peut faire l’économie.

L’émergence d’un leader charismatique pourrait constituer un véritable danger de glissement vers un populisme autoritaire, mais cela contredirait quelque part l’essence même de ce mouvement sans précédent. Reste que, livré à lui-même, son informité demeure son principal handicap, tout en le garantissant en même temps contre toute tentative de récupération.

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