Michel AMIEL

Sénateur des Bouches-du-Rhône

Catégorie : Éditos (page 1 à 7)

À l’heure du départ…

Suite aux résultats du second tour des municipales du 28 juin dernier, la liste que j’ai menée est arrivée en tête aux Pennes-Mirabeau.
Le 4 juillet, j’ai retrouvé mon écharpe de maire et, conformément à la promesse que j’ai faite à mes concitoyens, j’entends désormais me consacrer uniquement à ma commune.

À l’heure où la réglementation sur le non-cumul des mandats me conduit donc à démissionner de mon mandat de sénateur, je mesure combien cette expérience a été enrichissante.
J’ai été fier et heureux de participer aux travaux du Sénat.

Parmi les nombreux textes examinés, si je devais n’en retenir qu’un, exercice ô combien difficile, je choisirais néanmoins la loi du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des personnes malades et des personnes en fin de vie. Cette loi de compassion donne le pouvoir à chaque citoyen de décider s’il veut être soulagé pour accueillir la mort quand elle se fait proche et inévitable : elle permet la sédation profonde et continue, c’est-à-dire le droit d’être endormi pour ne pas souffrir avant sa mort. Elle réaffirme l’importance des soins palliatifs et la place du patient dans les décisions de fin de vie (au travers de directives anticipées, ou de la désignation de la personne de confiance).

J’aimerais également évoquer deux missions d’information marquantes, sur la situation de la psychiatrie des mineurs en France et sur la réinsertion des mineurs enfermés, et la rédaction, pour l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, d’une note scientifique intitulée « Neurosciences et responsabilité de l’enfant ». Les lectures et les rencontres qui ont jalonné ces travaux ont renforcé ma conviction que la jeunesse doit être une véritable priorité et donc relever des missions régaliennes. Il ne faut jamais oublier que si un enfant en danger peut devenir dangereux, un enfant dangereux, lui, est toujours en danger.

Enfin j’ajouterai un dernier mot sur le groupe interparlementaire d’amitié France-Yémen que j’ai eu l’honneur de présider, pour former le vœu sincère que la paix puisse advenir au Yémen, pays où tant d’enjeux géopolitiques, économiques, humanitaires et culturels s’entrecroisent.

Comme j’avais ouvert ce blog sur des mots de René Char, je souhaiterais le clore en empruntant à ce poète ce beau message extrait d’une lettre à Albert Camus :
« Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi contre toute attente l’espérance survit. »

Les défaillances autour des enfants placés : la pédopsychiatrie doit soutenir l’Aide Sociale à l’Enfance

Le reportage « Enfants placés : les sacrifiés de la République », diffusé le 19 janvier sur M6, a suscité d’importantes inquiétudes et indignations, justes et peu discutables, chez de nombreux observateurs. Comment accepter que les enfants les plus vulnérables de notre pays, repérés comme tels car n’ayant pas pu vivre dans une ambiance suffisamment sécurisée, se retrouvent après les actions et traitements de la situation par nos administrations sociale et judiciaire, plongés à nouveau dans une ambiance de violence ou d’abandon, voire de chaos ?

Mais l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), service des départements, ne saurait être rendue seule responsable de tous les dysfonctionnements. S’il existe des anomalies et parfois des fautes graves propres à certaines institutions ou dispositifs, il faut à l’évidence les repérer et les traiter avec fermeté. Mais cela ne suffit pas. Il existe d’autres enjeux complexes et multifactoriels à prendre en compte chez ces enfants « cabossés de la vie ».

Il est d’abord des éléments sur lesquels les professionnels de l’ASE ont peu de prise. La situation de retrait et de placement d’enfant est presque toujours une situation dramatique. Le bouleversement et la violence sont toujours très grands pour l’enfant, ses parents et pour les professionnels. Depuis plus d’un siècle, la loi Roussel a autorisé les pouvoirs publics à retirer des enfants à des parents présents lorsque leur conduite mettait l’enfant en « danger ». La rencontre avec l’ASE n’est jamais paisible, parfois brutale et toujours dans un moment de douleur multiple et justifiée, générant des comportements chaotiques entre les aidants et les aidés. Le choix de retirer ou non un enfant à ses parents est difficile et mal codifié. L’ASE sera vite accusée d’en faire trop ou pas assez.

Les professionnels, en particulier ceux au contact quotidien des enfants et adolescents, sont de plus piégés dans un malaise systématique face aux comportements provocateurs, transgressifs et souvent agressifs de ces derniers, tout comme les autres adultes, à l’école ou dans les familles. Ce malaise induit une recherche pressante et mal régulée de médicalisation, parfois de judiciarisation du comportement des enfants, rapidement associée à une frustration face à l’insuffisance réelle ou supposée des réponses de la justice ou de la pédopsychiatrie. L’ASE ne fait pas mieux, mais pas forcément plus mal que les autres sur ce sujet.

C’est sur la question de l’état psychique spécifique des enfants placés que nous pouvons agir. Une part importante des enfants et adolescents placés présente des troubles psychiques caractérisés et multiples. Les études épidémiologiques internationales, comme nationales, montrent une prévalence des troubles autour de 50%, soit 5 fois plus qu’en population générale. Et c’est même 8 fois plus si on considère le nombre de dossiers handicap, le plus souvent dans les champs mentaux et comportementaux. C’est en fait prévisible, car la raison habituelle qui conduit au placement est la même que celle qui favorise le développement des troubles psychiques chez l’enfant : l’insécurité psychique et affective, traduite dans les signalements par les mots maltraitance, négligence ou abus. Ajoutons enfin que les enfants porteurs de handicaps mentaux connus dont les internats d’instituts ont fermé ces dernières décennies ont été conduits vers l’ASE, devant l’impossibilité pour certaines familles de gérer la vie au quotidien.

La pédopsychiatrie doit s’impliquer intensément. Elle doit une part de ses origines et de sa raison d’être née à l’ASE. Le premier service de psychiatrie de l’enfant a été créé il y a un siècle, dans un patronage pour enfants assistés. De même, le corpus théorique de cette spécialité a été très inspiré de l’observation des enfants en danger.

Les enfants placés ont un besoin supérieur au reste de la population d’être accompagnés et souvent soignés par la pédopsychiatrie. Il en faut parfois peu à un enfant fragilisé pour améliorer son état, pour « résilier ». Ils sont pourtant moins dépistés et moins suivis que les autres. Les relations entre les services de psychiatrie de l’enfant et l’ASE sont souvent dégradées. Les difficultés rappelées de cette discipline médicale à traiter l’immensité récente des demandes et des besoins, notamment par manque de moyens mais aussi d’organisation, sont une embûche de plus pour les enfants placés. Un rapprochement entre les départements et les services de pédopsychiatrie paraît incontournable, tant, pour les situations de crises aiguës, par des hospitalisations courtes, préparées entre professionnels en amont, que par de petits dispositifs renforcés de soin et d’hébergement de longue durée pour les quelques enfants placés sévèrement malades, et par une prévention précoce, systématique et durable tout au long du placement. Les professionnels de la pédopsychiatrie et de la protection de l’enfance doivent se rencontrer pour construire le projet de grande alliance et bénéficier de connaissances communes. Le décloisonnement des connaissances et des pratiques est une nécessité absolue, dès les formations initiales.

S’il est du devoir des journalistes de rapporter ce qu’ils voient, il est du devoir des spécialistes d’analyser et de proposer des améliorations et de celui des politiques d’aider à les mettre en place. La santé mentale des enfants placés doit être un enjeu majeur pour l’ASE. La santé mentale des enfants placés doit être un enjeu majeur pour la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

 

Guillaume Bronsard

Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, CHRU de Brest
Président de l’association nationale des Maison des Adolescents
Michel Amiel

Sénateur des Bouches-du-Rhône
Rapporteur de la mission du Sénat sur la psychiatrie des mineurs (2016-2017)
Ancien Vice-Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, délégué à la santé et la protection de l’enfance

 

Neurosciences et responsabilité de l’enfant

Dans le cadre des travaux de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), j’ai présenté ce jour une note scientifique intitulée « Neurosciences et responsabilité de l’enfant ».

Nourrie par des auditions et de nombreuses lectures, ma réflexion a porté sur l’impact des progrès des neurosciences sur notre compréhension de la notion d’immaturité des mineurs et les conséquences éventuelles qu’elle pourrait avoir sur des comportements déviants.

En effet, l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante écarte les mineurs de l’application du droit pénal général au profit d’un traitement spécifique, au sein de juridictions spécialisées ou selon des procédures adaptées, atténuant leur responsabilité pénale en raison de leur âge et privilégiant l’éducatif. L’institution de cette justice spécialisée ne reposait pas alors sur des fondements scientifiques, mais sur de simples constats de bon sens. Or, depuis trente ans, les techniques non invasives d’observation du cerveau ont montré que l’adolescence, de la puberté jusqu’à la troisième décennie, correspond à une réorganisation structurelle et fonctionnelle d’ampleur, accompagnée de profondes transformations cognitives, psychologiques, relationnelles et comportementales. Il existe notamment un décalage dans le temps entre la maturation des centres émotionnels (système limbique) et celle des processus décisionnels.

Ce n’est donc qu’au terme d’un long mouvement de maturation neurobiologique et de développement psycho-cognitif que les jeunes sujets peuvent disposer des capacités de discernement et de contrôle de leurs actes (avec de grandes variétés interindividuelles), ce qui permet alors de les considérer comme pleinement responsables d’un point de vue pénal. Pour autant, si les neurosciences confortent ainsi l’intuition des législateurs de 1945, elle ne permettent pas de définir scientifiquement un âge de la responsabilité pénale. En revanche, elles donnent une explication scientifique à la composante souvent transitoire de la délinquance juvénile et légitiment la prééminence des mesures d’éducation et de protection non seulement pour les mineurs, mais également pour les jeunes adultes.

Vincent Lambert : de l’acharnement thérapeutique, à l’acharnement judiciaire et médiatique

Aujourd’hui s’est clos un épisode douloureux pour une famille, un épisode qui durait depuis plus de dix ans, depuis bien trop longtemps.

L’histoire de Vincent Lambert, c’est d’abord l’histoire d’un accident, celui qui le plonge dans un coma et lui laisse de telles séquelles qu’il n’en sortira que pour être dans un état de conscience minimale (dit pauci-relationnel), l’histoire d’un drame de la route qui impacte toute sa famille : sa femme, son nouveau-né, ses parents, ses proches.

Si le cas de M. Lambert est devenu si important, si discuté, si disputé, c’est pour plusieurs raisons, mais principalement car sa volonté, pour guider les décisions médicales le concernant, a été défendue et portée par deux positions contradictoires : son épouse a soutenu qu’il n’aurait pas voulu de tels traitements pour être ainsi maintenu en vie, alors que ses parents ont affirmé qu’il aurait voulu être maintenu par des traitements, même dans cet état de handicap.

En l’absence de directives anticipées claires, ou même de désignation de personne de confiance ou de tuteur légal, ses proches, partisans du maintien en vie, ont poussé la porte de chaque tribunal, de chaque cour pour contester les décisions prises par l’épouse de M. Lambert, aboutissant à une trentaine de décisions judiciaires.

La première procédure de limitation et arrêt des traitements (LAT) est lancée en 2013. Cette décision est contestée devant les tribunaux par les parents de M. Lambert qui obtiennent la reprise de ses traitements. Cette reprise est obtenue non sur le bien-fondé de la décision de LAT, mais sur le fait que l’ensemble des proches n’aient pas été informés de cette décision par le médecin.

Après une nouvelle tentative de mise en place d’une LAT, l’affaire va jusqu’au Conseil d’Etat qui, en 2014, valide la procédure.

En 2016, afin de se prémunir des recours sur les décisions médicales prises pour M. Lambert, le CHU de Reims demande à ce que soit désigné le tuteur légal de Vincent Lambert : ce sera son épouse Rachel.

Plusieurs recours à de nouvelles expertises sont mises en place afin d’évaluer l’état de M. Lambert, mais l’acharnement juridique et médiatique des dernières années poussent certains experts à se désister face à la pression de la situation ; mais, dès fin 2018, une nouvelle expertise confirme « l’état végétatif chronique » de M. Lambert, ce qui amènera à une nouvelle décision de LAT… qui, contestée à son tour, sera validée par le Conseil d’Etat, puis la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Une nouvelle procédure de LAT est lancée en mai 2019, mais arrêtée par une décision de la cour d’appel de Paris. Cette décision très controversée sur le plan juridique a été annulée par la Cour de Cassation, ouvrant la voie à l’arrêt des traitements en fin de semaine dernière.

Une fois ce long récapitulatif sur l’acharnement judiciaire qu’a subi M. Lambert, je souhaite de nouveau insister sur les faits.

Il n’était pas en fin de vie, mais l’est devenu.

Comme tout le monde, quel que soit son état de santé, un patient a le droit de refuser les traitements, même si cela le met en danger de mort (ex : certains refusent des transfusions de sang et en décèdent). La loi Léonetti I interdit l’acharnement thérapeutique : c’est un devoir du médecin.

Dans le cas de M. Lambert, la question était donc sur qui pouvait exprimer sa volonté sur un possible arrêt des traitements qui amènerait à une situation de fin de vie.

C’est là que la loi Clayes-Leonetti est intervenue, elle prévoit la prise en charge des patients en fin de vie et comment s’y préparer.

Elle prévoit ainsi une sédation profonde et continue, notamment en cas de LAT, afin de s’assurer d’aucune souffrance pour ces patients.

Elle développe aussi le concept de directives anticipées et de désignation de la personne de confiance.

Si nul ne saurait refaire l’histoire, l’acharnement judiciaire concernant l’expression de la volonté de M. Lambert aurait été bien moindre : ses directives anticipées et sa personne de confiance auraient pu sans contestation guider les décisions.

Le cas de M. Lambert est plus symptomatique de qui exprime la volonté d’une personne ne pouvant la communiquer, y compris pour les décisions d’arrêt des soins, qu’un problème d’acharnement thérapeutique de la part de la communauté médicale.

Que sa vie, et sa mort, nous servent de leçon : exprimons-nous !

Feu vert à l’expérimentation du cannabis thérapeutique

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a validé ce jour le cadre pratique proposé le 28 juin dernier par un groupe d’experts (CSST) afin de permettre l’accès au cannabis à visée thérapeutique et se dit prête à en préparer les modalités techniques.

Ce test en situation réelle permettra de prescrire du cannabis thérapeutique à des patients en impasse thérapeutique, qu’ils soient en soins palliatifs ou souffrent de certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses), d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore des contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques ou d’autres pathologies du système nerveux central.
Il ne s’agit évidemment pas de « joints sur ordonnance » puisque le cannabis sera soit inhalé (huile, fleurs séchées) soit ingéré (solutions buvables, gouttes et capsules d’huile). La prescription initiale sera par ailleurs réservée à des médecins exerçant dans des centres de référence. Tous les médecins participant à l’expérimentation devront être volontaires et avoir obligatoirement suivi une formation spécifique.

Favorable depuis longtemps à l’usage des propriétés du cannabis à visée thérapeutique, je ne peux que saluer cette expérimentation et, si l’évaluation l’encourage, espérer sa généralisation, afin de permettre de soulager enfin certaines douleurs très invalidantes.

Lutter contre les déserts médicaux

Le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé vient d’être adopté par le Sénat.

Au cours des débats, nous avons notamment beaucoup parlé des déserts médicaux. À vrai dire, je n’aime pas cette expression, tant elle recouvre des réalités fort différentes : les zones rurales, effectivement désertifiées, mais par leurs services publics, pas seulement par leurs médecins ; les banlieues surpeuplées, où les médecins hésitent à s’installer pour des raisons de sécurité ; enfin, les hôpitaux eux-mêmes, où de nombreux postes ne sont pas pourvus.

En fait, ce n’est pas vraiment de médecins dont nous manquons, mais de temps médical. L’exercice de la médecine a changé parce que la société a changé.

Au Sénat, Chambre des territoires, deux opinions se sont affrontées en de vifs débats : les tenants de la coercition ou du moins d’une régulation musclée et ceux de l’incitation, d’ailleurs déjà mise en place avec des résultats divers. Je suis convaincu de l’inefficacité des mesures coercitives, en particulier du conventionnement sélectif. Pour autant, il faut que les médecins et les étudiants acceptent de faire des concessions. C’est le sens de l’amendement, voté à une forte majorité, proposant de faire de la dernière année de troisième cycle une année de professionnalisation, de pratique ambulatoire en autonomie.

Non, par cette proposition, le Sénat ne brade pas la formation des médecins.

Il considère au contraire qu’une dernière année professionnalisante est une chance de consolider leur formation tout en favorisant la construction de leur projet professionnel.

Il implique, de la part des étudiants en fin de formation ainsi que des jeunes médecins, une prise de responsabilité populationnelle en plus de la responsabilité individuelle habituelle. C’est à ce prix que nous sauverons la médecine libérale ou ce qu’il en reste. Faute de quoi nous pourrions bien arriver à une médecine salariée que beaucoup appellent déjà de leurs vœux, doublée d’une médecine déconventionnée redevenue libérale et qui fera la joie des sociétés d’assurance dans leur diversité.

Autres dispositifs visant à améliorer l’offre de soins dans les territoires, les communautés professionnelles territoriales des santé élaboreront les projets territoriaux de santé soumis à l’Agence Régionale de Santé (ARS). Il faut que les professionnels s’approprient ce dispositif et non que ce soit une grille de l’ARS qui s’applique sur les territoires.

Quant aux hôpitaux de proximité, même si nous aurions aimé avoir plus de précisions concernant leur contenu, ils me paraissent l’outil nécessaire et efficace pour une gradation des soins, ainsi qu’une meilleure interpénétration ville-hôpital-médicosocial. Si, comme on peut l’espérer, cet outil se met rapidement en place, il pourrait apporter une réponse aux besoins des territoires en matière de premier niveau de soins, véritable interface entre médecine de ville et établissements de santé de recours.

Nouvelle polémique sur le glyphosate

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) doit remettre un rapport sur l’évaluation des agences sanitaires. Avant même sa parution, ce rapport fait l’objet d’une polémique sur le glyphosate… alors que ce n’est pas son objet !
En effet, dans un entretien à La Dépêche du Midi, l’un de ses rapporteurs, le sénateur Pierre Médevielle, affirme « que la cancérogénicité de la molécule n’est pas démontrée par la science, mais encore qu’en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge ». Cette comparaison choc n’a pas manqué d’être relevée et commentée. M. Médevielle a ensuite précisé qu’il s’agissait de son point de vue et non d’éléments du rapport, mais il persiste sur le fond : « J’ai dit qu’en tant que scientifique, je n’ai aucune preuve que le glyphosate soit cancérogène. S’il avait été cancérogène, on l’aurait retiré. » (Public Sénat).
Le député Cédric Villani, premier vice-président de l’OPECST, a spécifié qu’il s’agissait d’une opinion personnelle qui n’engageait nullement l’Office, rappelant « qu’un produit phytosanitaire, quel qu’il soit, est dangereux, car il est fait pour tuer, et que l’enjeu est de sortir des phytosanitaires en général, pas seulement du glyphosate » (LCI).

Le Gouvernement a engagé, en juin dernier, un plan d’action global pour la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, avec un objectif de -25% en 2020 et -50% en 2025 et a décidé de mettre fin aux principaux usages du glyphosate d’ici 2021 au plus tard et d’ici 2023 pour l’ensemble des usages.
Pour ma part, ma position est demeurée constante : j’ai voulu inscrire dans la loi cette réduction progressive de l’usage du glyphosate, conformément aux amendements que j’ai déposés en juin et septembre 2018.
Le Gouvernement a préféré emprunter la voie de la négociation, ne souhaitant pas décréter autoritairement le changement et privilégiant le pragmatisme et la responsabilisation des acteurs.
Toutefois, mes craintes se sont révélées fondées et le président de la République lui-même a déclaré lors du débat-citoyen dans la Drôme du 24 janvier dernier : « Je sais qu’il y en a qui voudraient qu’on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : un, pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans on ne fera pas 100%, on n’y arrivera, je pense, pas. »

Que ce soit par la négociation ou par la loi, sachant que le glyphosate n’est qu’un symbole qui masque toute une réalité des pratiques phytosanitaires, rappelons que tous les acteurs doivent se saisir du sujet, car l’essentiel est bien de privilégier le principe de précaution et de sortir des phytosanitaires.

Convention de Riga des parlementaires internationaux sur le Tibet

Cette convention sur le Tibet, la septième du genre, a réuni à Riga (Lettonie), du 7 au 10 mai 2019,  des parlementaires du monde entier, sensibles à la cause tibétaine.

Après avoir rappelé :

  • les préconisations des six conventions précédentes,
  • le manque de volonté des autorités chinoises de reprendre le dialogue avec les représentants du Dalaï-Lama depuis 2010,
  • l’urgence de résoudre le conflit sino-tibétain engendré par l’invasion du Tibet par la Chine en 1949-1950, suivie de son annexion en 1951,
  • le rôle politique joué par les parlementaires dans la prise de conscience par les gouvernements de la situation au Tibet,

la déclaration de Riga :

  • a réitéré la conviction selon laquelle ce conflit ne pouvait se résoudre que par la négociation,
  • a réaffirmé le caractère illégal de l’occupation du Tibet par la Chine,
  • a rejeté l’idée selon laquelle le Tibet faisait partie intégrante de la Chine depuis les temps anciens,
  • a reconnu la légitimité du gouvernement tibétain en exil,
  • a exprimé sa solidarité avec le peuple tibétain en reconnaissant ses droits à l’autodétermination, à ses pratiques religieuses et culturelles,
  • a fait part de son inquiétude sur la dégradation environnementale du plateau tibétain, lié à l’accumulation de déchets toxiques, à la création de barrages sur les cours d’eau, à l’exploitation non contrôlée des ressources naturelles.

Ce dernier point me paraît très important ; il avait été particulièrement abordé par le Dalaï-Lama lors de son passage au Sénat, ainsi que par une conférence qu’avait donnée Matthieu Ricard, tous deux abordant la question de l’anthropocène, c’est-à-dire cette période de l’histoire de l’univers où l’homme peut influencer sur son évolution. Aujourd’hui, cette idée n’est plus remise en cause. Elle avait conduit Lévi-Strauss à exprimer son pessimisme en disant que « l’univers a commencé sans l’homme et finira sans lui », bien avant que le sujet ne devienne d’actualité.

Je terminerai par une note personnelle en exprimant l’idée selon laquelle la question tibétaine dépasse largement le problème local : elle traduit en effet des questions plus que jamais d’actualité, celles des droits de l’homme, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et, désormais, les questions d’environnement.

Rappelons que le Tibet est le château d’eau de l’Asie, avec ses grands fleuves qui y prennent leur source, ou que le réchauffement climatique est responsable de la fonte du permafrost (qui est le sol de l’écorce terrestre qui reste gelé au moins deux années consécutives), ce qui a pour conséquence la libération dans l’atmosphère de substances néfastes, dont le mercure et le dioxyde de carbone, gaz à effet de serre, créant ainsi un cercle vicieux, mais faisant également resurgir des virus oubliés.

Un étiquetage du miel plus transparent et plus respectueux

Le 3 avril dernier, le Sénat a examiné la proposition de loi portant diverses dispositions relatives aux mentions et signes de la qualité et de l’origine valorisant les produits agricoles ou alimentaires.

Son article 3 concerne la question délicate de l’étiquetage de l’origine des miels. En effet, la réglementation européenne, peu respectée, pouvait induire le consommateur en erreur, lui faisant penser qu’il achetait du miel d’origine française, alors qu’il s’agissait d’un mélange contenant, par exemple, 2% de miel français et 98% de miel chinois. En 2017, quelque 20.000 tonnes de miel ont ainsi été produites en France, tandis que 35.000 tonnes étaient importées de Chine, d’Ukraine, d’Allemagne, d’Espagne ou d’Argentine, sans qu’aucune indication du pays d’origine n’apparaisse sur les étiquettes. Ce sont souvent des tests effectués par des associations qui ont permis de constater du miel artificiel, mêlé à du sucre voire de l’eau pour augmenter son volume.
L’article adopté prévoit que, désormais, en cas de mélange de miels en provenance de plusieurs pays, l’étiquette du pot indique la liste de tous les pays d’origine, en toutes lettres, et par ordre décroissant d’importance.
Un amendement prévoit également que le producteur puisse mentionner une indication ayant trait à l’origine florale ou végétale, ainsi qu’à une origine régionale, territoriale ou topographique.
L’article a enfin été enrichi d’une définition du miel claire et conforme au droit européen, afin de nous prémunir contre les produits falsifiés : « Le miel est la substance sucrée naturelle produite par les abeilles à partir du nectar de plantes ou des sécrétions provenant de parties vivantes des plantes ou des excrétions laissées sur celles-ci par des insectes suceurs ou de miellat, qu’elles butinent, transforment en les combinant avec des matières spécifiques propres, déposent, déshydratent, entreposent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche. »

Ces mesures étaient légitimement attendues par nos producteurs, qui, déjà frappés par la diminution du nombre de leurs abeilles, subissaient une concurrence déloyale.
Dans un souci de transparence et de bonne information des consommateurs, elles permettront de mettre en valeur l’excellence de notre filière apicole dans l’ensemble de nos territoires.

« Salam – une guerre en exil »

Ce 26 mars 2019 marque le début de la cinquième année de la guerre au Yémen, pays ravagé par une crise humanitaire sans précédent.

Dans ce contexte douloureux, l’ONG Salam For Yemen s’est associée à la photographe Aline Deschamps qui a interrogé les citoyens yéménites habitant à Paris sur leurs sentiments face à cette guerre.

Il en résulte cette très belle série de portraits intitulée « Salam – une guerre en exil », qui nous invite à réfléchir sur les moyens de résilience d’une communauté coupée de ses racines, dont les membres aspirent à retrouver leur pays et leurs proches.

 

 

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