Le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé vient d’être adopté par le Sénat.

Au cours des débats, nous avons notamment beaucoup parlé des déserts médicaux. À vrai dire, je n’aime pas cette expression, tant elle recouvre des réalités fort différentes : les zones rurales, effectivement désertifiées, mais par leurs services publics, pas seulement par leurs médecins ; les banlieues surpeuplées, où les médecins hésitent à s’installer pour des raisons de sécurité ; enfin, les hôpitaux eux-mêmes, où de nombreux postes ne sont pas pourvus.

En fait, ce n’est pas vraiment de médecins dont nous manquons, mais de temps médical. L’exercice de la médecine a changé parce que la société a changé.

Au Sénat, Chambre des territoires, deux opinions se sont affrontées en de vifs débats : les tenants de la coercition ou du moins d’une régulation musclée et ceux de l’incitation, d’ailleurs déjà mise en place avec des résultats divers. Je suis convaincu de l’inefficacité des mesures coercitives, en particulier du conventionnement sélectif. Pour autant, il faut que les médecins et les étudiants acceptent de faire des concessions. C’est le sens de l’amendement, voté à une forte majorité, proposant de faire de la dernière année de troisième cycle une année de professionnalisation, de pratique ambulatoire en autonomie.

Non, par cette proposition, le Sénat ne brade pas la formation des médecins.

Il considère au contraire qu’une dernière année professionnalisante est une chance de consolider leur formation tout en favorisant la construction de leur projet professionnel.

Il implique, de la part des étudiants en fin de formation ainsi que des jeunes médecins, une prise de responsabilité populationnelle en plus de la responsabilité individuelle habituelle. C’est à ce prix que nous sauverons la médecine libérale ou ce qu’il en reste. Faute de quoi nous pourrions bien arriver à une médecine salariée que beaucoup appellent déjà de leurs vœux, doublée d’une médecine déconventionnée redevenue libérale et qui fera la joie des sociétés d’assurance dans leur diversité.

Autres dispositifs visant à améliorer l’offre de soins dans les territoires, les communautés professionnelles territoriales des santé élaboreront les projets territoriaux de santé soumis à l’Agence Régionale de Santé (ARS). Il faut que les professionnels s’approprient ce dispositif et non que ce soit une grille de l’ARS qui s’applique sur les territoires.

Quant aux hôpitaux de proximité, même si nous aurions aimé avoir plus de précisions concernant leur contenu, ils me paraissent l’outil nécessaire et efficace pour une gradation des soins, ainsi qu’une meilleure interpénétration ville-hôpital-médicosocial. Si, comme on peut l’espérer, cet outil se met rapidement en place, il pourrait apporter une réponse aux besoins des territoires en matière de premier niveau de soins, véritable interface entre médecine de ville et établissements de santé de recours.