L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) doit remettre un rapport sur l’évaluation des agences sanitaires. Avant même sa parution, ce rapport fait l’objet d’une polémique sur le glyphosate… alors que ce n’est pas son objet !
En effet, dans un entretien à La Dépêche du Midi, l’un de ses rapporteurs, le sénateur Pierre Médevielle, affirme « que la cancérogénicité de la molécule n’est pas démontrée par la science, mais encore qu’en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge ». Cette comparaison choc n’a pas manqué d’être relevée et commentée. M. Médevielle a ensuite précisé qu’il s’agissait de son point de vue et non d’éléments du rapport, mais il persiste sur le fond : « J’ai dit qu’en tant que scientifique, je n’ai aucune preuve que le glyphosate soit cancérogène. S’il avait été cancérogène, on l’aurait retiré. » (Public Sénat).
Le député Cédric Villani, premier vice-président de l’OPECST, a spécifié qu’il s’agissait d’une opinion personnelle qui n’engageait nullement l’Office, rappelant « qu’un produit phytosanitaire, quel qu’il soit, est dangereux, car il est fait pour tuer, et que l’enjeu est de sortir des phytosanitaires en général, pas seulement du glyphosate » (LCI).

Le Gouvernement a engagé, en juin dernier, un plan d’action global pour la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, avec un objectif de -25% en 2020 et -50% en 2025 et a décidé de mettre fin aux principaux usages du glyphosate d’ici 2021 au plus tard et d’ici 2023 pour l’ensemble des usages.
Pour ma part, ma position est demeurée constante : j’ai voulu inscrire dans la loi cette réduction progressive de l’usage du glyphosate, conformément aux amendements que j’ai déposés en juin et septembre 2018.
Le Gouvernement a préféré emprunter la voie de la négociation, ne souhaitant pas décréter autoritairement le changement et privilégiant le pragmatisme et la responsabilisation des acteurs.
Toutefois, mes craintes se sont révélées fondées et le président de la République lui-même a déclaré lors du débat-citoyen dans la Drôme du 24 janvier dernier : « Je sais qu’il y en a qui voudraient qu’on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : un, pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans on ne fera pas 100%, on n’y arrivera, je pense, pas. »

Que ce soit par la négociation ou par la loi, sachant que le glyphosate n’est qu’un symbole qui masque toute une réalité des pratiques phytosanitaires, rappelons que tous les acteurs doivent se saisir du sujet, car l’essentiel est bien de privilégier le principe de précaution et de sortir des phytosanitaires.