En juin 1957, à Alger, le jeune mathématicien communiste Maurice Audin, sur le point de soutenir sa thèse, a été arrêté par des parachutistes français qui le soupçonnaient d’héberger des membres de la cellule armée du Parti communiste algérien. Quelques jours plus tard, des militaires informaient son épouse de sa prétendue évasion lors d’un transfert, version officielle que tiendra longtemps l’Etat français.

C’est pourquoi, ce 13 septembre 2018, en lisant la déclaration du président de la République reconnaissant l’assassinat de Maurice Audin, rendu possible par « un système légalement institué : le système « arrestation-détention » mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période », je suis fier que notre pays assume son histoire dans son intégralité, moments sublimes comme heures sombres.

Au-delà de cet assassinat, c’est la reconnaissance du caractère systématique de la torture en Algérie, à la fois comme crime de guerre et comme crime contre l’humanité, ce dernier, juridiquement, engageant la responsabilité de l’État et non seulement d’individus.

Cette déclaration me paraît aussi importante que celle de Jacques Chirac en 1995, qui portait sur la responsabilité de l’État dans l’arrestation et la déportation des Juifs lors de la seconde guerre mondiale.

Seul un grand pays dont les fondements démocratiques sont assurés peut assumer cette lucidité, « blessure la plus rapprochée du soleil » comme l’écrivait René Char.

Aussi, à quelques jours du 25 septembre, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux Harkis, il me semble que la France s’honorerait à graver dans le marbre la reconnaissance du massacre des Harkis, à travers une loi mémorielle déconnectée de toute notion d’indemnisation, qui polluerait le débat.

La reconnaissance des faits de notre histoire, pour un grand pays comme le nôtre, est la meilleure illustration de maturité démocratique. Même si les plaies sont encore ouvertes, la colonisation constitue une page de l’Histoire qu’il faut assumer.

A chaque Nation d’en faire autant : l’Allemagne a su le faire pour la Shoah, la Turquie en est très loin avec le génocide arménien.

Convaincu que reconnaître la coresponsabilité du massacre des Harkis serait une preuve supplémentaire de lucidité et de courage, j’ai écrit en ce sens au président de la République.