Michel AMIEL

Sénateur des Bouches-du-Rhône

Justice sociale… et intergénérationnelle

Lors des débats sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018, mon intervention en séance sur la nécessité de la hausse de la CSG pour les retraités a suscité une vive émotion.

Mais de quoi parle-t-on ?

Le monde a changé. Aujourd’hui, les baby-boomers de l’après-guerre sont devenus des papy-boomers, eux qui ont connu une ascension sociale sans précédent, à une époque où, avec ou sans études, on trouvait un emploi. Il convient de regarder la réalité en face : ils ont pu s’intégrer sans difficulté sur un marché du travail alors en pleine santé grâce à la croissance exceptionnelle des Trente Glorieuses.

Ils se sont enrichis en acquérant à faible prix un patrimoine immobilier avec des créances remboursées très aisément, grâce à l’inflation. Ils ont organisé un État-providence financé à crédit, qui leur a permis, leur permet ou leur permettra de prendre une retraite dans des conditions de confort sans précédent.

 

Aujourd’hui encore, ces retraités bénéficient d’un niveau de vie légèrement supérieur à la moyenne française : en 2014, il atteignait 106,1% de celui de l’ensemble de la population (rapport annuel 2017 du Conseil d’orientation des retraites).

Selon les chiffres de l’INSEE, en 2010, les moins de 30 ans ont un patrimoine brut global médian de 10.400 euros quand celui des papy-boomers s’élève à 226.600 euros ; l’écart est de 0 à 164.200 euros pour le patrimoine immobilier médian. Les 50-64 ans ont un taux de chômage de « seulement » 7% en 2014, contre 24,4% pour les jeunes (15-24 ans). En 2011, les 18-24 ans, hors étudiants, sont ainsi 20% à vivre sous le seuil de pauvreté (à 60% du salaire médian), soit le double des retraités.

Pour autant, j’en suis bien conscient, la réalité est évidemment disparate au sein de cette génération des baby-boomers, avec des écarts très et même trop importants. Il ne s’agit nullement de nier l’extrême pauvreté de certains retraités, mais les plus vulnérables ne seront nullement touchés par la hausse de la CSG qui ne concernera que ceux dont la pension est au moins égale à 1400 euros par mois pour une personne seule de plus de 65 ans, soit une somme supérieure au SMIC.

À tous ceux qui affirment que les baby-boomers ont gagné leur argent et ont redressé le pays, je me permets de demander : à quel prix ?

Je suis loin de prétendre que cette génération n’est pas méritante, mais comment expliquer à la génération actuelle et aux suivantes que la dette publique, notamment sociale, n’a jamais été aussi conséquente et s’est bâtie petit à petit à la fin des Trente Glorieuses ?

Le contrat social, le système de répartition n’ont été pensés ni pour un allongement de la durée et de la qualité de vie ni pour un appauvrissement des travailleurs — un travailleur pauvre devrait être un oxymore, pas une réalité en constante augmentation.

De surcroît, en pleine COP 23, comment ne pas parler de la dette environnementale contractée pour un enrichissement immédiat sans penser à demain ? Illustration flagrante, faute d’avoir réfléchi au démontage des centrales nucléaires, il faut désormais investir des sommes considérables en recherche et développement.

Enfin, et c’est essentiel à prendre en compte, 1,2 millions de retraités français vivent aujourd’hui à l’étranger (soit 9,1 % d’entre eux selon la CNAV). Ils ne contribuent donc que fort peu à l’économie du pays, que ce soit par leur consommation (TVA) ou par leurs impôts. L’augmentation de la CSG reste par conséquent le meilleur moyen de les faire participer à la solidarité intergénérationnelle, afin de maintenir à flot un système dont ils ont bénéficié et dont ils bénéficient encore lors de la prise en charge de leurs soins par la sécurité sociale.

Le Gouvernement a le courage de s’attaquer à des réformes structurelles, qu’il s’agisse de la réforme du travail (contrat unique, formation), de celle du logement, à venir, ou de la refonte en cours du système social.

Plus encore que de le soutenir, j’applaudis ce courage politique, qui ose s’abstraire des enjeux électoralistes, puisque, disons-le clairement, les plus âgés votent davantage.

1 commentaire

  1. Je suis triste de lire les articles sur les retraités, les VIEUX !! Je suis née en 1945 en plein baby-boom, et voilà qu’a lire les articles, a écouter les politiques et surtout notre Président qui manque de diplomatie, je serrais donc en quelques sorte coupable de l’état de la France, de sa dette !!
    Nous avons travaillé ! Nous avons cotisé ! Savez vous les privations que nous avons faites mon mari et moi pour avoir notre maison au parc des amandiers ???? Ma jeunesse a été faite de privations !!
    Aujourd’hui j’en ai assez de lire que les anciens ont une vie dorée ! Stop c’est trop !
    Ce sont les gouvernements successifs de droite et de gauche qui ont rendu la France telle qu’elle est pas le peuple !!! Mauvaise gestion !
    Et qu’on ne me réplique pas que je n’ai rien compris parce que justement je comprends trop bien !!

    « Ils se sont enrichis en acquérant à faible prix un patrimoine immobilier » Je ne peux lire ceci !!!!

    ( hausse de la CSG qui ne concernera que ceux dont la pension est au moins égale à 1400 euros par mois pour une personne seule de plus de 65 ans, soit une somme supérieure au SMIC. ) 1400 euros mais c’est inimaginable de lire ceci !!!
    Je n’ai pas votre facilité d’écriture, je n’ai pas votre savoir , je ne jongle pas aussi bien avec les chiffres mais mon passé et celui de bien des gens de ma génération je connais !!
    J’ai envie aujourd’hui de vivre tranquille ! C’est tout ce que le demande !

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